Une coopérative américaine

Dans notre exploration toujours plus avant des coopératives d’habitants dans le monde, nous voici à Boulder dans le Colorado.

 

La ville de Boulder est en elle-même très atypique pour une ville américaine. Le vélo y est omniprésent. Son passé d’utopie hippie se ressent par les denrées bio et locales présentes dans tous les supermarchés. Le haut niveau d’éducation de la population est visible au quotidien par le nombre de bibliothèques, la qualité du service, la gentillesse des gens et le faible taux d’obésité (ainsi qu’une grosse université : 33 000 étudiants pour 108 000 habitants). Elle offre ainsi un niveau de vie exceptionnel… qui se paie cher. Bloquée contre les Rocheuses à l’Ouest et des terrains municipaux protégés à l’Est, la ville ne peut s’étendre et les prix montent d’autant plus que les habitations ne peuvent s’élever : elles se feraient mutuellement de l’ombre, ce qui réduirait la possibilité d’implanter des panneaux solaires. Je vous ai dit que cette ville était fantastique ! Bref, comme partout où les loyers sont chers, les coopératives d’habitants fleurissent.

La Boulder Housing Coalition (BHC), l’organisme s’occupant des coopératives, est locale, à but non lucratif. En accord avec la mairie et l’Université de Boulder qui la financent partiellement, elle possède les bâtiments tant que les logements sont réservés à des personnes à faibles revenus. Ainsi, les conditions d’attribution sont sous plafond de ressources et l’arrivant n’est pas obligé d’apporter du capital à la coopérative. La BHC emploie une personne à temps plein et un grand nombre de bénévoles organisés en commissions.

Les coopératives de Boulder sont des grosses coloc’ avec comme seuls réels espaces privés des chambres relativement vastes. Pour le reste, cuisine, salons et salles de bain sont partagés. Les groupes s’organisent en communautés, particulièrement liées par l’organisation de repas en communs.

A l’automne, la BHC ouvre une quatrième coopérative dans la ville, Ingram : une grosse maison de 12 foyers. Une particularité d’Ingram sera le faible nombre de places de parking. Une majorité d’habitants devront faire voiture commune : une expérience envisageable à Boulder, mais inimaginable dans le reste des USA.  Il est également question de favoriser les familles dans cette nouvelle maison. Pour l’occasion, et pour recruter, la BHC a organisé une auberge espagnole à Massala, la coopérative historique. Benjamin et moi y sommes allés, munis d’une homemade quiche lorraine qui a fait sensation.

Un tour de table nous a permis de voir les attentes de chacun. Pour les français que nous sommes, la capacité des américains à se raconter dans ce qu’ils ont de plus intime est toujours surprenante … mais ô combien instructive ! On y parlait d’expériences communautaires présentes et passées, réussies ou non, de rapport à la nourriture, de volonté de vie plus spirituelle, de solitude et de déracinement. Bref, nous avons appris en 15 minutes ce qu’il nous a fallu des mois pour apprendre des autres à Abricoop.

Nous n’avons pas visité Ingram. Mais cette rencontre nous a, une fois de plus, permis de voir la diversité des systèmes et des populations habitant des coopératives.

Rachel

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